En pays pygmées, sur la route de… Matisson!

Quel contraste entre Yaoundé et la forêt des pygmées!

Nous avons eu la chance de pouvoir côtoyer pendant 4 jours les populations de deux campements pygmées, de l’ethnie Baka, à l’est du Cameroun dans la réserve du Dja, aux alentours de Lomié (350 km = 200km de bitume, 150 km de piste, 8 heures de route). Le premier, Matisson, proche d’une piste, et le deuxième, Adjalé, à 2 heures de marche en pleine forêt.

Les pygmées ne sont plus ces populations sauvages des récits des premiers explorateurs. Au contact des autres ethnies locales (bantous) et des touristes,  ils ont intégré certains modes de vie (ex: vêtements) ou de consommation (ex: alcools forts, cigarettes du commerce).

L’arrivée dans un campement pygmées nous projette immédiatement sur une autre planète. L’accueil par ces gens de petite taille (1,35m en moyenne) et la juxtaposition des petites huttes en feuillage nous immergent tout de suite dans un autre monde, le monde des gens de la forêt: Un univers, une culture sans référentiel commun avec le monde tel que nous le concevons.

Un campement comporte souvent un axe principal autour duquel s’articulent des regroupements d’habitations soit « traditionnelles » en huttes rondes, soit en petites maisonnettes. Une hutte traditionnelle est construite en seulement quelques heures à partir de branchages souples et de larges feuilles collectées dans la forêt et assemblées savamment pour en faire un abri solide et protecteur. Une hutte peut tenir une bonne année.

Mais le monde des pygmées c’est le monde de la forêt. Cet univers inextricable de verdure est pour eux leurs sources de nourritures, de médicaments, de sécurité et de protection. Au petit matin les hommes partent en forêt, chasser et défricher mais aussi récolter le vin de raphia dont ils s’enivrerons toute la journée.

La récolte du miel

Les femmes partent quant à elles un peu plus tard à la pêche et à la cueillette. Le campement reste presque désert toute la journée jusqu’à la tombée de la nuit, moment où tout le monde se retrouve.

La pêche au barrage consiste à créer un bief artificiel en construisant deux retenues de branchages et de terre. Ensuite, les femmes vident les mètres cubes d’eau ainsi bloqués avec de petites gamelles. Une fois quasiment vidé, il ne reste plus qu’à attraper les poissons ainsi retenus et piégés dans la vase ou les anfractuosités des racines et des troncs.

Nous avons profité des petites pauses pour essayer de leur apprendre quelques jeux de chez nous comme la pétanque et le morpion.

Grâce à toutes les ressources de la forêt nous avons eu une alimentation variée. La base de féculent était principalement constituée de banane plantain préparée soit en lamelles frites ou pilée et bouillie en petites boules. Des feuilles de manioc pilées pouvaient servir d’accompagnement à l’occasion. Et pour les sources de protéines animales rien ne vaut les nombreux types de poissons et la délicieuse viande de brousse (porc épic, pangolin, serpent, céphalope etc.). Avec des sauces  variées et une cuisson ad-hoc ce ne sont que des plaisirs gastronomiques. Il faut dire que notre guide était une chef cuistot hors pair!

A l’occasion de notre présence, des soirées festives ont été organisées. Quelques hommes frappent sur des bidons et les femmes chantent. Les danses peuvent faire intervenir soit des femmes soit des hommes uniquement ou plus rarement les danses sont mixtes.

Mais le point d’orgue a certainement été notre dernière journée qui a été consacrée à l’esprit de la forêt. Après de nombreuses palabres avec les différents dignitaires, responsables et autres marabouts, nous avons appris avec joie que l’esprit de la forêt pourrait se montrer en fin de journée. Mais pour cela il fallait lui apporter de quoi manger, boire et se vêtir. L’esprit de la forêt, appelé Djangi, est plutôt méchant mais les femmes et les hommes s’attachent à le contenir soit par des chants ou des boucliers de feuillages.

La préparation de la tenue de djangi a pris 2 heures, jusqu’au milieu de la journée. Les hommes vont chercher quelques grosses nervures de raphia et les femmes vont en tirer de longues lanières fibreuses qui seront ensuite tissées sur une longue liane tendue entre des arbres.

Une fois terminée, la parure sera apportée à l’esprit loin de tout regard.

L’après-midi, l’esprit rode autour du campement. On entend comme des claquements de bois. On dit que c’est le bruit des des paupières lorsque qu’il ferme les yeux. Le soir il arrive au campement tel un dervicheur tourneur et la fête duerra plus de 4 heures…

La fête de djangi, l’esprit de la forêt

Au cours des ces 4 jours, nous n’avons pu approcher que quelques aspects de la vie et de la culture des Pygmées. Il nous faudra encore bien des semaines pour intégrer tout ce que nous avons vu, entendu et partagé avec eux. Notre séjour nous a ouvert les yeux et a satisfait notre curiosité et notre soif de rencontre. Mais ce voyage a surtout soulevé en nous de nombreuses questions: quel est l’avenir de la relation pygmée/autres civilisations? Peut-on imaginer une relation équilibrée respectant le mode de vie des peuples autochtones? Comment limiter les impacts négatifs de beaucoup de modèles socio-économiques sur ces populations? Comment des communautés différentes peuvent évoluer conjointement dans le respect de chaque peuple, sans pour autant s’isoler mutuellement? Comment assurer la communication, la compréhension, l’échange et le métissage des êtres et des cultures ?… Nous soulevons là des sujets très vastes et complexes qui ne se limitent pas au Cameroun, à l’Afrique. Beaux sujets de réflexion ces prochaines soirées…

6 commentaires Ajoutez le votre

  1. Henri dit :

    Bien Merci encore
    Je montre les photos des cousines de mes poules dès demain.
    Henri Isa

  2. Marie dit :

    Trop chouette cet article son & image !

  3. Cécile dit :

    Très bel article et photos.

  4. Guénolé dit :

    ça donne envie d’aller visiter

  5. Corinne dit :

    Un vrai régal cet article sur les Pygmées que j’ai enfin pu découvrir. Très belles photos aussi.
    Tu es superbeThérèse lorsque tu traverses la rivière : une vraie guerrière en quête d’aventures.
    Merci pour le bon moment.
    Bises . Corinne

  6. Nicolas dit :

    Merci beaucoup pour cet article, j’habite à Douala et j’aimerais rencontrer cette communauté avec mes enfants dans 2 semaines (vacances). Avez-vous des contacts à me conseiller sur place à Lomié?

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