Kassoumaye Casamance!

(si la bande son ne démarre pas automatiquement, lancez la tout en bas de cet article! Bonne lecture)

C’est à la suite d’un stage bien sympa à Dakar auquel Thérèse a participé, que nous nous sommes dit : « Et pourquoi pas aller au Sénégal pour les prochaines vacances? » Ce pays stable nous a paru être le plus approprié pour nous détendre après les tensions accumulées en janvier : Coup d’Etat au Burkina et aucune perspective de changement de pays suite aux nouvelles règles de recrutement de l’AEFE. Après avoir parcouru brièvement le Petit Futé, nous jetons notre dévolu sur la Casamance. Nous prenons un vol sec Ouaga-Dakar-Ziguinchor et voilà c’est parti pour les vacances de février du 12 au 26 Février 2022. Nous prévoyons d’organiser nos visites sur place au gré de nos envies, des gens que nous rencontrerons.

Teranga

Terre d’accueil en langue wolof, le Sénégal est un tiers plus grand que la France. Il partage ses frontières avec la Mauritanie au nord, le Mali à l’est et la Guinée-Bissau et la Guinée au sud. 6 millions d’habitants, une vingtaine d’ethnies dont les principales sont les Wolofs, les Haalpulars, les Sérères et les Diolas peuplent le Sénégal. L’arbre symbole est le baobab et c’est aussi le pays du musicien et homme politique Youssou Ndour et de l’écrivain Leopold Senghor. La Casamance est la région la plus méridionale du Sénégal et se situe juste en dessous de l’enclave gambienne mais c’est aussi le nom de son majestueux fleuve. Allons à la découverte de cet espace entre terre et eau!

Ziguinchor

C’est la ville principale de la Casamance. Sa grande particularité est qu’elle est jumelée avec Saint Maur des Fossés (ville de naissance de Thierry) et nous nous empressons de prendre en photo le symbole de ce jumelage : le Marché Saint Maur des Fossés.

Le marché n’a rien d’un marché parisien mais il est bien africain tout comme la ville qui conserve cependant çà et là quelques belles bâtisses coloniales portugaises (1645) comme l’office de tourisme.

Charles, le responsable de l’office, nous aide très gentiment pendant 2 heures à préparer notre voyage en Casamance en nous donnant les bons plans. Nous décidons donc de rester en basse Casamance et nous progresserons d’est en ouest, de Ziguinchor à l’océan. Avant de partir, nous déjeunons à l’Alliance franco-sénégalaise et en plus de bien manger, nous sommes séduits par l’architecture de ce lieu culturel et éducatif.

Les bolongs

Ils caractérisent la région de la Casamance. Ce sont ces bras d’eau qui dessinent un vaste réseau de canaux que nous parcourons à bord de pirogues multicolores et ce dès le premier jour pour découvrir l’île aux oiseaux non loin de Ziguinchor. Nous avons du mal à retenir tous les noms mais il y a entre autres des aigrettes, des pélicans, des flamants roses, des oiseaux serpents. Dans tous les cas, ils sont nombreux, toujours élégants avec leurs longues pattes à nous regarder passer pendant que nous longeons les berges plantées de palétuviers.  Sur les racines de ceux-ci poussent des huitres que les femmes récoltent en fin de journée en coupant directement la racine.

Villages Diolas

En Casamance, nous sommes en Pays Diola d’où le fameux « Kassoumaye » « As-tu la paix », auquel il faut répondre « Kassoumaye Bale », ce qui signifie « oui je suis en paix». Tous les villages sont animistes et partout l’on voit des fétiches qui sont vénérés et dont les fonctions sont différentes (protéger le village, demander la pluie, etc.). Il y a donc la présence de féticheurs qui se trouvent dans les villages ou près des forêts sacrées où se déroulent les rites initiatiques des jeunes hommes.

Les voyages réservent toujours des surprises, au détour d’un bolong nous avons pu découvrir une maison à étage extraordinaire digne du facteur cheval!

Enampore

C’est le premier village que nous visitons et auquel nous accédons en taxi brousse. L’expérience est intéressante car en plus d’avoir un pare-brise en mille morceaux, le frein à main ne fonctionne plus et Thierry, le toubab du coin, doit mettre son pied sur le frein à pied pour qu’il soit à l’arrêt pendant que le chauffeur aide une maman à descendre de son taxi.

Dans ce village, notre petite ballade matinale nous permet de découvrir un grand jardin partagé où les femmes cultivent l’oignon, la tomate, le choux pommé.

Au détour d’une maison, tout en gardant un œil sur ses petits enfants, un ancien prépare des liens de rônier qui seront utilisés pour du tressage de vannerie.

Il y a 5 quartiers où toutes les religions vivent en harmonie : animistes, musulmans et chrétiens. Près du bois sacré, nous rencontrons le chef coutumier (photos interdites) qui nous explique que si quelqu’un a un problème d’ordre psychologique, il vient se confesser auprès de lui et ne doit pas oublier d’apporter sa contribution : du vin de palme et du riz pour que son esprit soit libéré. A Enampore, nous dormons dans une chambre d’une superbe case à impluvium.

Cases à impluvium

L’habitat traditionnel Diola par excellence est cette case avec un système de toit inversé en forme d’entonnoir qui permet de récupérer les eaux de pluie et d’avoir un puits de lumière au centre de la maison. En effet ces maisons rondes qui ont deux toits (une pente orientée vers l’intérieur et l’autre vers l’extérieur) étaient totalement fermées sur l’extérieur pour protéger les femmes et les enfants régulièrement enlevés lors de guerres tribales qui sévissaient au moyen-âge. La vie se déroulait donc essentiellement à l’intérieur. Elles sont faites entièrement d’argile.

Eloubadine

Nous arrivons en pirogue dans cette petite île au milieu des bolongs et c’est le village où nous voyons le plus de fétiches. Les hommes pêchent la crevette et cultivent le riz pendant que les femmes filent la laine pour confectionner de jolis pagnes traditionnels portés par les garçons lors des rites initiatiques. Dans les cases en hauteur est stocké le riz en épi, la banque des villageois comme nous explique le guide. Un délicieux plat de crevettes (on en aura beaucoup pendant le séjour) nous attend. Nous le dégustons face au bolong ! Miam ! Puis nous repartons dans une pirogue encore plus petite en direction d’Oussouye.

Oussouye

Ce village entouré de bois sacré est notre base de quelques jours pour découvrir les alentours en vélo. C’est ainsi que Paderne, le nouveau patron et fils du fondateur, nous révèle tout sur la culture de l’anacarde et la transformation des noix de cajou. Dans sa micro-entreprise ils produisent les classiques anacardes grillées mais aussi du jus issu de la partie charnue. C’est un jus proche du jus de pomme. Il est aussi très fier de nous dire qu’il est passé à l’émission « Echappée Belle » en Octobre 2021. Puis nous nous dirigeons à Edioungou où Evelyne nous explique comment à partir de l’argile prélevé dans les bolongs, elle fabrique ses poteries sans tour. Cette technique est ancestrale puisqu’elle l’a appris de sa mère qui elle-même le tient de sa grand-mère.

Mlomp

Le lendemain, nous partons direction nord et nous arrêtons dans le petit village de Mlomp réputé pour ses cases à étage. Il ne s’agit pas d’un habitat traditionnel mais d’un habitat récent mais fabriqué aussi avec de l’argile. Il existe une maison similaire transformée en musée à Djilapao. A l’intérieur, on y trouve des sculptures parlant de la culture Diola mais d’autres plus curieuses, plus personnelles.

Pointe Saint Georges

Après 2 heures de piste sous le soleil nous atteignons péniblement la Pointe Saint Georges. En plus d’être une réserve naturelle pour ces étonnants mammifères marins que sont les lamentins, l’endroit est un havre de paix. Nous apercevons seulement les queues de ces vaches de mer mais nous sommes heureux de passer une nuit à regarder le fleuve Casamance et sa plage où se baladent les vaches et les poules en toute liberté. Le retour sur Oussouye se fait sur un chemin de toute beauté au milieu des rizières. Il y a beaucoup de sable, de la boue, des trous ce qui nous oblige à nous arrêter souvent et qui occasionne de petites chutes. Mais c’est le prix à payer pour pouvoir déguster ces paysages.

Carabane

Nous empruntons le taxi brousse jusqu’à Elinkine et attrapons de toute justesse la pirogue villageoise pour l’île de Carabane et là nous vivons un moment exceptionnel. En effet la pirogue prend l’eau car elle est surchargée et nous sommes obligés de nous délester de 500 kilos de bidons d’eau pour éviter de sombrer. Cependant l’ambiance est festive à bord. En effet nous sommes en présence de descendants de Sérigné Mor Diop, le grand marabout qui a islamisé l’île. 150 personnes se retrouvent ainsi chaque année pour un long week-end de prière. Thérèse reçoit même un badge d’organisateur en souvenir et nous sommes invités à nous rendre à la mosquée. Le lendemain, en guise de bienvenue, on nous offrira une assiette avec du flan de mil et une sorte de lait concentré sucré. Un petit encas que nous apprécions bien.

Carabane est le 1er comptoir colonial français en Casamance. Beaucoup de bâtiments maintenant en ruines lui valent d’être inscrite sur la liste du patrimoine de l’Unesco. La plage de sable blanc est belle avec ses cocotiers. Nous faisons une halte au cimetière où nous découvrons la sépulture du Capitaine Protet qui selon son souhait est enterré debout. Il disait vouloir voir arriver ses ennemis même après sa mort…

Cachouane

L’arrivée dans ce minuscule village se fait en pirogue privée où nous passons une nuit dans un magnifique campement en face de l’embouchure de la Casamance. En chemin, nous avons la chance de voir des dauphins qui sont assez nombreux à cet endroit là. Le lendemain nous partons à pied pour atteindre Djembering près de l’océan cette fois. Le chemin est long et difficile car il y beaucoup de sable mais le paysage de savane est absolument fabuleux. Nous irons à l’arrivée directement profiter de l’océan et ses vagues sur un plage déserte de sable blanc recouverte de racines de bois flotté. Une exposition d’œuvres d’art à ciel ouvert.

Djembering

Le village se situe à une dizaine de kilomètres de Cap Skirring, la station balnéaire où nous ferons un petit arrêt pour profiter d’un beau et bon restaurant sur une belle plage de cocotiers. Nous faisons le trajet en vélo et nous arrêtons dans le petit village de Bouyouye. Ce village animiste possède de magnifiques fromagers et des fétiches. Puis nous avons la chance de visiter l’écomusée de Djembering et le musée Kadioute. C’est ainsi que nous complétons tout ce que nous avons déjà appris sur la culture Diola concernant le palmier à huile, le palmier rônier, les instruments de musique traditionnelle et les outils utilisés dans les champs de riz. Le guide nous explique les traditions de lutte et ce que signifie Kadioute. Il s’agit d’un espace dans les racines du fromager ou kapokier, cet arbre qui est pluricentenaire et qu’on voit beaucoup dans la région. La kadioute a ou avait plusieurs fonctions : cacher les femmes et les enfants en cas de guerres mais aussi accueillir les fétiches. Quant au fromager, il est utilisé pour fabriquer les pirogues et des meubles.

L’île Egueye

Nous terminons notre séjour en Casamance dans ce superbe campement sur l’île d’Egueye qu’on atteint bien entendu en pirogue. Là nous avons la chance de faire du kayak au milieu des bolongs et des crocodiles…et même de participer au repiquage des palétuviers.  Enfin, nous avons l’occasion de déguster les fameuses huitres de ces palétuviers cuites au barbecue. Une belle découverte ! Un vrai régal !

Ferry jusqu’à Dakar

Le séjour touche à sa fin et nous avons apprécié le côté nature de la Casamance et la facilité de circulation. Quel bonheur de pouvoir marcher librement, pédaler librement, organiser son séjour facilement. Objectif atteint pour une détente maximum. Nous rejoignons Dakar en Ferry. 16 heures de voyage sans couchettes…c’est long, inconfortable mais l’ambiance sur le pont est typique. Des tapis de prières sont déroulés pour que chacun s’y assoit et s’y allonge selon les envies, il y a un mini-bar avec de la musique. Tout le monde attend patiemment que le bateau accoste à Dakar le lendemain.

Ukatoral Casamance !

Ismaël Lo « Africa »

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